Cet extrait provient d’une copie numérique des éditions Foi et Sainteté. Traduit principalement par Anthelme Boucher (Lausanne, 1840) avec adaptations et compléments de Stéphane Tibi et Scott Stargel. La copie complète est en libre accès ICI.

10. Caractère du méthodiste

Le premier traité que j’écrivis expressément sur ce sujet fut publié à la fin de cette même année 1739. Pour que personne n’eût de prévention avant de l’avoir lu, je lui donnai ce titre indifférent : Caractère du méthodiste. Dans ce traité je décrivis le chrétien parfait, avec cette épigraphe : « Non que j’aie déjà remporté le prix. » Je vais en citer une partie, sans y faire aucun changement.

Le méthodiste, c’est un homme qui « aime le Seigneur son Dieu de toute son âme, de toute sa force, de toute sa pensée ». Dieu est la joie de son cœur et le désir de son âme, qui s’écrie continuellement : « Quel autre que toi ai-je dans le ciel ? Je n’ai pris plaisir sur la terre qu’en toi. » Mon Dieu est mon tout ! « Tu es le rocher de mon cœur et mon partage à toujours. » En conséquence, il est heureux en Dieu, oui, toujours heureux, car en lui-même il possède une source « d’eaux vives jaillissantes jusqu’en vie éternelle », et inondant son âme de paix et de joie. Maintenant que « l’amour parfait a banni la crainte », il « se réjouit sans cesse ». Oui, sa « joie est parfaite », et tout ce qui est en lui s’écrie : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui selon son abondante miséricorde, m’a réengendré pour une espérance vivante de l’héritage incorruptible conservé pour moi dans les cieux. »

Et celui qui possède cette espérance ainsi pleine d’immortalité, « rend grâce en toutes choses », sachant que tout ce qui lui arrive est « la volonté de Dieu à son égard en Jésus-Christ ». C’est pourquoi, il reçoit joyeusement toute chose de lui, en disant : la volonté du Seigneur est bonne ; bénissant toujours le nom du Seigneur, soit qu’il donne ou qu’il reprenne. Dans le bien-être ou la douleur, la maladie ou la santé, la vie ou la mort, du fond du cœur il rend grâce à celui qui dispose tout pour son bien, et dans les mains duquel il a complètement remis son cœur et son âme, « comme à un fidèle Créateur. » En conséquence, « il ne s’inquiète de rien », car « il s’est déchargé de tous ses soucis sur celui qui prend soin de lui » ; et en toutes choses il se confie en lui, après lui avoir exposé ses demandes, avec des actions de grâces.

Car véritablement, « il prie sans cesse » ; dans tous les temps le langage de son cœur est celui-ci : « quoique muette ma bouche s’adresse à toi et mon silence te parle. » Son cœur est élevé vers Dieu dans tous les temps et dans tous les lieux. En ceci il n’est jamais empêché, beaucoup moins interrompu, par aucune personne, ni aucune chose. Dans la solitude ou la compagnie, dans le repos, les affaires ou la conversation, son cœur est toujours avec Dieu. Soit qu’il se couche ou qu’il se lève, Dieu est dans toutes ses pensées ; il marche continuellement avec Dieu, ayant l’œil aimant de son âme fixé sur lui et voyant partout « celui qui est invisible. »

Aimant Dieu il aime « son prochain comme lui-même », il aime tout homme comme sa propre âme. Il aime ses ennemis, oui, et même les ennemis de Dieu. Et s’il n’est pas en son pouvoir de faire du bien à ceux qui le haïssent, toutefois il ne cesse pas de prier pour eux, quoiqu’ils méprisent son amour, et continuent à le maltraiter et à le persécuter.

Car « il a le cœur pur ». L’amour a purifié son cœur de l’envie, de la malice, de la colère et de tout mauvais sentiment, ainsi que de l’orgueil, qui seul produit les disputes ; et maintenant « il s’est revêtu des entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de longanimité » ; et en vérité, tout sujet possible de disputes est enlevé quant à lui, car nul ne peut lui ôter ce qu’il affectionne, puisqu’il « n’aime point le monde, ni les choses qui sont dans le monde » ; mais « c’est vers le nom du Seigneur et vers son souvenir que tend le désir de son âme ».

En conséquence, le seul désir, le seul but de sa vie, c’est de faire non point sa propre volonté, mais la volonté de celui qui l’a envoyé. En tous temps et en tous lieux, sa seule intention n’est pas de se plaire à lui-même, mais de plaire à celui qu’aime son âme, « Il a l’œil simple », et parce que son œil est simple, « tout son corps est éclairé. » Tout est lumière, comme quand une lampe ardente éclaire la maison. Dieu règne seul ; tout ce qui est dans l’âme est « sainteté à l’Eternel » ; il n’y a pas en son cœur un seul mouvement qui ne soit selon la volonté divine. Chaque pensée qui s’y élève se porte vers Christ et est soumise à sa loi.

Et l’arbre est connu par ses fruits ; car, comme il aime Dieu, il garde ses commandements, non pas quelques-uns seulement ou la plupart, mais TOUS les commandements, depuis le plus petit jusqu’au plus grand. Il ne se contente pas de « garder toute la loi pour broncher en quelque point », mais à tous égards « il s’exerce à avoir constamment une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes. » Tout ce que Dieu a défendu, il l’évite ; tout ce que Dieu a commandé, il le pratique ; maintenant que Dieu « a mis son cœur au large, il court dans la voie de ses commandements. » Agir ainsi, c’est sa gloire, son bonheur ; faire la volonté de Dieu sur la terre comme elle est faite dans le ciel, voilà quelle est chaque jour sa couronne de joie !

En conséquence, il garde tous les commandements de Dieu, et il les garde de toute sa force, car son obéissance est proportionnée à son amour, source d’où elle découle. C’est pourquoi, aimant Dieu de tout son cœur, il le sert de toute sa force. Continuellement « il offre son âme et son corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu », se dévouant à sa gloire entièrement, sans aucune réserve, avec tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Il emploie constamment selon la volonté de son Maître tous les talents qu’il possède, chaque puissance, chaque faculté de son âme, chaque membre de son corps.

Alors, tout ce qu’il fait est à la gloire de Dieu. Dans toutes ses occupations, quelle qu’en soit l’espèce, il ne tend pas seulement à glorifier Dieu (ce qu’implique avoir l’œil simple), mais il y parvient réellement. Ses travaux et ses délassements, aussi bien que ses prières, tout concourt à ce grand but : soit qu’il s’assoie à la maison ou qu’il marche dans les chemins, soit qu’il se couche ou qu’il se lève, dans tout ce qu’il dit ou fait, il poursuit l’unique occupation de sa vie. Soit qu’il s’habille, ou travaille, ou mange, ou boive, ou se repose de travaux trop fatigants, tout ce qu’il fait sert à avancer la gloire de Dieu, au moyen de la paix et de la bonne volonté parmi les hommes. Sa règle invariable est celle-ci : « Quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout an nom du Seigneur Jésus, en rendant par lui des actions de grâces à Dieu le Père. » (Col 3 .17)

Les coutumes de ce monde ne l’empêchent nullement « de poursuivre la course qui lui est proposée » ; c’est pourquoi, il ne peut pas plus amasser de trésor sur la terre qu’il ne pourrait mettre du feu dans son sein. Il ne peut médire de son frère, pas plus qu’il ne peut mentir pour la cause de Dieu ou de l’homme. Il ne peut prononcer contre qui que ce soit une seule parole désobligeante, car l’amour garde la porte de ses lèvres. Il ne peut prononcer de paroles inutiles ; aucun mauvais propos ne sort jamais de sa bouche ; en un mot, il s’abstient de tout ce qui n’est pas propre à édifier et « à communiquer la grâce à ceux qui l’écoutent. » Mais toutes les choses qui sont pures, toutes les choses qui sont aimables, toutes les choses qui ont justement une bonne renommée, il y pense, il en parle, il les fait, « rendant la doctrine de Dieu notre Sauveur honorable en toutes choses. »
Ce sont les propres paroles par lesquelles j’exposai au long, pour la première fois, mes sentiments sur la perfection chrétienne. Or, n’est-il pas facile de voir : (1) que c’est là le même point auquel j’ai visé continuellement depuis l’année 1725, et avec plus de détermination depuis 1730, où je commençai à devenir homo unius libri, l’homme d’un seul livre, l’homme de la Bible ; n’estimant, comparativement, aucun autre livre ? N’est-il pas facile de voir (2) que cette doctrine est tout à fait la même que celle que je crois et enseigne aujourd’hui, sans ajouter un seul point ni à la sainteté intérieure, ni à la sainteté extérieure que je prêchais il y a trente-huit ans ? Et, par la grâce de Dieu, c’est la même doctrine que j’ai continué à enseigner depuis cette époque jusqu’à ce jour ; ainsi que toute personne impartiale le reconnaîtra facilement, par la lecture des extraits que je vais bientôt donner.

11. Opposition des leaders religieux

Je ne pense pas que, jusqu’à ce jour, aucun écrivain ait fait quelque objection contre ce traité. Et pendant quelque temps, je ne rencontrai pas beaucoup d’opposition sur ce sujet de la part des personnes sérieuses. Mais plus tard, un cri se fit entendre, et ce qui me surprit un peu, ce fut parmi des hommes religieux ; ils ne disaient pas que j’avais mal décrit la perfection, mais ils affirmaient qu’il n’y a point de perfection sur la terre ; et même ils se jetèrent rudement sur mon frère et sur moi, parce que nous assurions le contraire. Nous ne nous attendions guère à être attaqués par de telles personnes ; d’autant moins que nous étions clairs sur la justification par la foi, et que nous avions grand soin d’attribuer tout le salut à la pure grâce de Dieu. Mais ce qui nous surprit davantage, ce fut d’être accusés de déshonorer Christ en affirmant qu’il sauve parfaitement, qu’il régnera seul sur nos cœurs et soumettra toutes choses.

12. La perfection chrétienne

A la fin de 1740 j’eus une conversation avec le docteur Gibson, alors évêque de Londres. Il me demanda ce que je voulais dire par perfection. Je le lui expliquai sans réserve ni déguisement. Quand j’eus cessé de parler il répliqua : « M. Wesley, si c’est là toute votre doctrine, publiez-la à la face du monde entier ; et s’il y a une seule personne qui puisse la réfuter, elle en a la permission ». Je répondis : « Monseigneur, je le ferai » ; et en conséquence, j’écrivis et je publiai un sermon sur la perfection chrétienne. Je pris pour texte, Philippiens 3.12-15.

Dans ce sermon je m’efforçai de montrer (1) En quel sens les chrétiens ne sont pas parfaits ; (2) en quel sens les chrétiens sont parfaits.

(1) En quel sens les chrétiens ne sont point parfaits. Ils ne sont pas parfaits en connaissance. Ils ne sont point exempts d’ignorance ni d’erreur. Il ne faut pas nous attendre qu’un seul homme vivant soit trouvé infaillible, non plus qu’omniscient, sachant toutes choses. Ils ne sont point exempts d’infirmités, telles que faiblesse ou dureté d’intelligence ; irrégulière promptitude ou pesanteur d’imagination. Telles sont, sous une autre espèce, l’inexactitude de langage, une prononciation désagréable ; auxquelles choses on pourrait ajouter mille défauts sans nom, soit dans la conversation, soit dans la manière d’être. Personne n’est parfaitement exempt d’infirmités telles que celles-ci, jusqu’à ce que l’esprit soit retourné à Dieu. Il ne faut pas plus nous attendre à être, avant cette époque, entièrement exempts de tentations, car « le serviteur n’est pas au-dessus de son maître » ; et en ce sens aussi il n’y a, sur la terre, aucune perfection absolue. Il n’y a point de perfection quant aux degrés ; il n’y a aucun degré qui n’admette une augmentation continuelle.

(2) En quel sens les chrétiens sont-ils donc parfaits ? Remarquez-le bien ; nous parlons maintenant des chrétiens adultes, et non point des petits enfants en Christ. Mais cependant, même les petits enfants en Christ, sont parfaits jusqu’au point de ne pas commettre le péché. Cette vérité, saint Jean l’affirme d’une manière expresse, et elle ne peut être combattue par des exemples tirés de l’Ancien Testament. Car, en supposant que les plus saints des anciens Juifs aient quelquefois commis le péché, nous ne pouvons nullement en conclure que tous les chrétiens pèchent, et sont obligés de pécher, aussi longtemps qu’ils vivent ici-bas.
Mais l’Ecriture ne dit-elle pas : Le juste pèche sept fois par jour ? L’Ecriture ne dit rien de semblable. A la vérité, il est écrit : (Pr 24.15-16) « Le juste tombera sept fois » ; mais, c’est tout à fait une autre chose ; car d’abord, les mots par jour ne sont pas dans le texte ; ensuite, il n’est point parlé de tomber dans aucun péché. Ce que le texte veut dire, c’est tomber dans des afflictions temporelles.

Mais Salomon dit ailleurs : « Il n’y a point d’homme qui ne pèche » (Ec 7.20). Cela était indéniablement le cas au temps de Salomon ; et de Salomon à Christ il n’y eut pas d’homme qui n’aie pas péché. Quel qu’ait été le cas de Juifs sous la loi, nous pouvons affirmer en toute confiance, avec saint Jean, que depuis que l’évangile a été donné : « Quiconque est né de Dieu ne pèche point »(1 Jn 3.9).

Les privilèges des chrétiens ne doivent nullement être mesurés d’après ce que l’Ancien Testament rapporte touchant ceux qui étaient sous la dispensation judaïque, puisque la plénitude des temps est maintenant venue ; maintenant le Saint-Esprit est donné ; maintenant le grand salut de Dieu est apporté aux hommes par la révélation de Jésus-Christ ; maintenant est établi sur la terre ce royaume des cieux, à l’égard duquel autrefois l’Esprit du Seigneur a déclaré que « le plus faible d’entre eux sera en ce temps-là comme David, et la maison de David sera comme l’ange de l’Eternel devant leur face » (Za 12.8). Tant il s’en faut que David soit le modèle ou l’étendard de la perfection chrétienne !

Mais les apôtres eux-mêmes ont commis des péchés. Pierre, par sa dissimulation; Paul, par sa dispute avec Barnabas. En supposant qu’ils aient péché, raisonnerez-vous ainsi : si deux des apôtres ont commis une fois un péché ; donc tous les autres chrétiens, dans tous les temps, pèchent et doivent pécher aussi longtemps qu’ils vivent ? Non certes ; que Dieu nous garde de parler ainsi. Aucune nécessité de pécher ne fut imposée aux apôtres ; très assurément la grâce de Dieu leur suffisait, et elle nous suffit encore aujourd’hui.

Saint Jacques dit : « Nous bronchons tous en beaucoup de choses. »(Jc 3.2) Soit ; mais quelles sont les personnes dont il parle ? Ce sont ces plusieurs maîtres ou instructeurs, que Dieu n’avait point envoyés. L’Apôtre ne parle point de lui-même, ni d’aucun autre chrétien véritable. Dans le mot nous, employé par une figure de langage fréquente dans tous les autres écrits, aussi bien que dans tous les écrits inspirés, l’apôtre ne pouvait certainement pas se renfermer lui-même, ni aucun autre vrai croyant : (1) Cela est démontré par le verset 9 : « Avec la langue nous bénissons Dieu et nous maudissons les hommes. » Assurément, ce n’est point nous Apôtres ! Ce n’est point nous croyants ! (2) C’est ce que prouvent encore les paroles du texte précédent : « Mes frères, qu’il n’y ait point plusieurs maîtres » ou instructeurs, « sachant que nous en recevrons une plus grande condamnation, car nous bronchons tous en beaucoup de choses. »(Jc 3 :1-2) Nous ! Qui ? non point les apôtres, ni les vrais croyants, mais ceux qui devaient recevoir une plus grande condamnation à cause des choses dans lesquelles ils bronchaient ; (3) enfin, le verset lui-même prouve que les mots ‘nous bronchons tous’ ne peuvent s’appliquer à tous les hommes, ni à tous les chrétiens ; car immédiatement après, l’apôtre mentionne un homme qui ne bronche point comme bronchait le nous mentionné d’abord ; en conséquence, cet homme est expressément distingué des autres, et appelé un homme parfait.

Mais saint Jean dit lui-même : « Si nous disons que nous n’avons point de péché, nous nous séduisons nous-mêmes. » (1 Jn 1.8) Et « si nous disons que nous n’avons pas péché, nous le faisons menteur et sa parole n’est point en nous. » (1 Jn 1.10)

Je réponds : (1) le dixième verset fixe le sens du huitième. Ces paroles du huitième verset : « Si nous disons que nous n’avons point de péché », sont expliquées par ces mots du dixième verset : « Si nous disons que nous n’avons pas péché » ; (2) le point que nous examinons, n’est pas si nous avons ou n’avons pas péché autrefois, et ni l’un ni l’autre de ces versets n’affirment que nous péchons ou commettons le péché maintenant ; (3) le neuvième verset explique à la fois le huitième et le dixième : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous remettre nos péchés et nous purifier de toute injustice. » C’est comme si l’Apôtre avait dit : Je viens d’affirmer que le sang de Christ purifie de tout péché, et aucun homme ne peut dire, je n’en ai pas besoin, je n’ai point de péché dont je doive être purifié. « Si nous disons que nous n’avons point de péché, c’est-à-dire, que nous n’avons pas péché », nous nous séduisons nous-mêmes et nous faisons Dieu menteur. « Mais si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste », non seulement « pour nous pardonner nos péchés, mais aussi pour nous purifier de toute injustice » ; afin que nous puissions obéir à ce commandement : « Va, et ne pèche plus. » (Jn 8.11) Par conséquent, en conformité avec la doctrine de saint Jean et avec toute la teneur du Nouveau Testament, nous posons cette conclusion : tout chrétien est parfait jusqu’au point de ne pas commettre le péché.

C’est le glorieux privilège de tout chrétien : oui, lors même qu’il n’est qu’un petit enfant en Christ. Mais c’est seulement des chrétiens avancés qu’on peut affirmer qu’ils sont parfaits en un sens tel, qu’ils sont en outre exempts de mauvais désirs et de mauvais sentiments. D’abord, ils sont exempts de désirs mauvais ou coupables. Et véritablement, d’où proviendraient-ils ? « C’est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées », lorsqu’il y en a ; mais lorsque le cœur n’est plus mauvais, alors les mauvaises pensées ne peuvent plus en sortir ; car « un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits. » (Mt 7.18)

Ils ne sont pas seulement délivrés des mauvais désirs, ils le sont aussi des mauvais sentiments. Chacun d’eux peut dire avec Paul : « J’ai été crucifié avec Christ ; je vis, non plus moi, mais c’est Christ qui vit en moi » (Ga 2.20) ; paroles qui décrivent évidemment la délivrance du péché intérieur, aussi bien que du péché extérieur. Cette vérité est exprimée d’abord négativement : « Je vis, non plus moi » ; ma nature corrompue, le corps du péché est détruit ; ensuite positivement : « C’est Christ qui vit en moi », et par conséquent tout ce qui est saint, juste et bon. Assurément, ces deux paroles : « C’est Christ qui vit en moi » et « je vis, non plus moi », sont liés d’une manière inséparable ; car quelle communion y a-t-il entre la lumière et les ténèbres, Christ et Bélial ?

Ainsi donc, celui qui vit en ces chrétiens « a purifié leur cœur par la foi » (Ac 15 :9), en sorte que quiconque possède en soi Christ, l’espérance de la gloire, « se purifie lui-même comme Dieu est pur. » (1 Jn 3.3) Il est purifié de l’orgueil, car Christ était humble de cœur. Il est purifié des mauvais désirs et de la volonté propre, car Christ désirait uniquement faire la volonté de son Père. Et il est purifié de la colère dans le sens ordinaire du mot, car Christ était doux et débonnaire. Je dis dans le sens ordinaire du mot, car il y a de la colère contre le péché, mais seulement de la tristesse au sujet du pécheur. Il sent du déplaisir pour toute offense contre Dieu, mais il ne sent qu’une compassion tendre pour le transgresseur.

C’est ainsi que Jésus sauve son peuple de leurs péchés, non seulement de leurs péchés extérieurs, mais aussi des péchés de leur cœur. Cela est vrai (disent quelques-uns), mais seulement à la mort et non pas en ce monde. Point du tout, car saint Jean dit : « En cela est perfectionné l’amour par rapport à nous, afin que nous ayons assurance au jour du jugement ; c’est que, tel qu’il est, tels nous sommes dans ce monde. » (1 Jn 4 .17) Evidemment l’apôtre parle ici de lui-même, ainsi que d’autres chrétiens vivants, dont il affirme positivement que ce n’est pas seulement à l’article de la mort, ou après la mort, qu’ils sont tels que leur Maître, mais bien « en ce monde ».

C’est aussi ce qu’enseignent ces paroles du premier chapitre : « Dieu est lumière et il n’y a point en lui de ténèbres … si nous marchons dans la lumière comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes mutuellement en communion, et le sang de Jésus-Christ son Fils nous purifie de tout péché. » (1 Jn 1.5, 7) Et ensuite : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous remettre nos péchés et nous purifier de toute injustice. »(v. 9) Or, il est évident que l’apôtre parle ici d’une délivrance accomplie dans ce monde ; car il ne dit point le sang de Christ purifiera à l’heure de la mort ou au jour du jugement ; il nous purifie présentement de tout péché, nous chrétiens vivants. Et il est également clair que, s’il reste quelque péché, nous ne sommes point purifiés de tout péché. Si quelque injustice demeure dans l’âme, l’âme n’est point purifiée de toute injustice. Que personne ne vienne dire qu’il s’agit seulement de la justification, ou de la purification de la culpabilité du péché : d’abord, parce que ce serait confondre ce que distingue clairement l’apôtre qui, premièrement, parle de « nous remettre nos péchés », et ensuite « de nous purifier de toute injustice. » Ensuite, parce que ce serait prêcher la justification par les œuvres, et cela de la manière la plus forte. Ce serait rendre toute sainteté intérieure et extérieure indispensablement antérieure à la justification. Car si la purification, dont il est parlé ici, n’est autre chose que la purification de la culpabilité du péché, nous ne sommes donc pas purifiés de cette culpabilité, ou en d’autres termes, nous ne sommes justifiés qu’à condition que nous marchions dans la lumière « comme Dieu est dans la lumière. » De tout ceci, il résulte que les chrétiens sont dans ce monde sauvés de tout péché, de toute injustice ; qu’ils sont maintenant parfaits, en ce sens qu’ils ne commettent pas le péché et sont exempts des mauvaises pensées et des mauvais sentiments.

Un tel discours aurait dû causer beaucoup de scandale, car il contredisait directement l’opinion que le chrétien est charnel et vendu au péché ; opinion favorite de bien des gens qui étaient regardés par les autres, et peut-être par eux-mêmes, comme étant des chrétiens très avancés, tandis que, d’après les principes scripturaires, de tels gens n’étaient pas du tout chrétiens, s’ils vivaient selon leur déplorable maxime. Je m’attendais donc à bien des observations et des réponses, mais je fus agréablement surpris. Rien de semblable ne parut, au moins à ma connaissance ; en sorte que je poursuivis tranquillement mon chemin.